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Cameroun : Opération épervier, Indignation et stupeur

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Le 8 mars 2019 restera une date mémorable au Cameroun. Non pas parce que la Première dame a encore réussi à rassembler des milliers de femmes qui ont défilé sur toute l’étendue du territoire, à l’occasion de la Journée à elles dédiée, mais parce que M. Mebe Ngo’o EdgardAlain, ex-préfet, ex-directeur du Cabinet civil du président de la République (DCC), ex-délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn), ex-ministre délégué à la présidence chargé de la Défense et ci-devant ministre des Transports sorti du gouvernement le 2 mars 2018.

Considéré comme le fils adoptif du président Paul Biya, l’homme était puissant, craint et imposant le respect. Son parcours laissait présager un héritage “présidentiel”. Sur son chemin, il s’est fait quelques amis, mais surtout beaucoup d’ennemis qui le trouvaient assez envahissant et prétentieux.

L’interpellation et la mise en détention provisoire d’Edgard Alain Mebe Ngo’o montre la détermination du chef de l’Etat camerounais à assainir la gestion des affaires publiques. Même si une certaine opinion soutient que c’est une opération d’épuration politique. Outre Mebe Ngo’o, son épouse et deux de leurs enfants sont aussi visés par la même plainte pour détournement des fonds publics, dont le préjudice s’élèverait à plus de 195 milliards de Fcfa.

Mais le geste le plus fort reste celui du jugement par un tribunal civil d’un officier supérieur de l’armée en fonction, puis son incarcération. De l’inédit.

LE MBOMA…

Ces deux faits prouvent désormais que, nul n’est plus à l’abri…Ce message concerne davantage les gestionnaires de l’armée qui, depuis une vingtaine d’années, sont soupçonnés de nombreux détournements des deniers publics sous diverses formes. En passant notamment par la gestion des soldes et pensions de leurs agents, par l’achat de matériels et autres travaux à eux confiés. Conscients jusque-là que personne, encore moins des civils, ne viendrait jeter un coup d’œil dans leurs affaires classées comme “affaires de souveraineté”. Tous les ministres des Finances qui se sont succédé depuis cette époque étaient bien informés de ces manœuvres, mais personne n’a jusqu’à ce jour eu le courage d’y foutre son nez. L’incarcération de cet officier supérieur serait aussi un signal à leur endroit.

Quant à Mebe Ngo’o, il paie le prix de son passage aux différents postes stratégiques qu’il a occupés, notamment lorsqu’il était DCC et Dgsn. C’est lui qui a diligenté des dossiers chauds tels que ceux concernant le Pr. Titus Edzoa, ancien secrétaire général de la présidence et les plus médiatisés concernant les anciens ministres de la Santé publique, Urbain Olanguena Awono et de l’Economie et des Finances, Polycarpe Abah Abah, filmés en petite tenue dans leurs cellules de détention à la Police judiciaire par la télévision nationale Crtv. Une humiliation qui a été imputée au Dgsn qui aurait directement donné ordre.

Aujourd’hui que l’ancien futur chef de l’Etat  comme cela se laissait dire dans l’opinion, sans que le concerné ne s’en démarque, avec son épouse qui l’a rejoint en prison 72 heures après et ses enfants, risquent une condamnation à perpétuité avec de lourds dommages et intérêts à payer à l’Etat. C’est pour la première fois que l’on assistera au Cameroun à une telle prise, frisant une épuration familiale.

A QUI LE TOUR?

Les sentiments d’indignation laissés par l’incarcération de M. Mebe Ngo’o, côtoie allègrement la torpeur qui est perceptible chez plusieurs hauts fonctionnaires civiles et militaires ayant été ces derniers temps indexés par les organes de contrôle budgétaire au Cameroun.

La liste est longue, et la semaine qui commence s’annonce aussi riche en rebondissements, avec de nouvelles convocations adressées à quelques grosses pointures ayant été limogées récemment. Dans l’opinion, l’on s’interroge déjà à qui le tour?

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