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Emploi : les chiffres de la discorde

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Depuis quelques années, le discours du chef de l’Etat à la jeunesse camerounaise défraie la chronique et créé une vive polémique autour des chiffres sur le niveau d’emplois créés au cours de l’année passée, ainsi que sur ceux annoncés en perspective.

Cette année encore, on n’a pas échappé à cette tradition. Le président Paul Biya annonce que la croissance économique du Cameroun est projetée à 4,4% en 2019 et 4,7% en 2020…Résultats : plus de 500 mille emplois ont été créés en 2018 et au moins 500mille autres seront créés en 2019.
Selon certains hauts fonctionnaires du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop) que votre journal a contactés, rien de mauvais n’est à voir dans ces chiffres. Ils ajoutent que ceux-ci seraient même en deçà des projections par rapports aux chiffres qu’aurait pu donner l’Institut national de la Statistique (Ins).

A la question de savoir comment ces résultats pourraient être possibles dans le contexte actuel, nos interlocuteurs avancent que dans ce lot, on peut classer plusieurs types d’emplois. A côté de ceux permanents, il y a des emplois précaires, temporaires et occasionnels. Et, ajoutent-ils, selon les termes du Bureau international du Travail (Bit), il suffit d’une heure pleine de travail physique ou moral, qui aboutit à la production d’un bien ou service, et qui en retour procure un salaire. Recensé dans les 15 jours qui précèdent l’enquête, ce travailleur sera pris en compte.

Pour arriver à ces chiffres, le Minefop a mis en place une méthode dite “collecte administrative” qui consiste à créer des points focaux au niveau des délégations départementales et régionales. Ces données sur l’emploi sont par la suite transmises aux services des gouverneurs de Région qui les renvoient enfin au niveau du Minefop.

Cela dit, la polémique aurait pu s’arrêter à ce stade. Sauf que, pour de nombreux Camerounais, le travail ne s’aurait se traduire pour un jeune à prester pendant une heure et passer le reste de l’année à chômer. Il s’agit donc plus de la qualité d’emplois offerts que des quantités exhibées.

Pour certains experts, un pays englué dans des conflits internes et externes qui touchent plus de la moitié de ses régions ne saurait afficher de tels résultats. Même les grands chantiers annoncés ou en cours connaissent tous des fortunes diverses, allant des arrêts techniques de travail, en passant par des grèves et autres mouvements d’humeur, dus pour la plupart au non respect des engagements de l’Etat. Aussi, seul un nouveau projet d’envergure (Barrage de Nachtigal) est annoncé. Il ne pourrait absorber les chiffres déclarés. Par ailleurs, la croissance du pays projetée en 2019 à 4,4% tenait également compte des effets induits de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (Can), “glissée” de 2019 à 2021.

Et pourtant, les pouvoirs publics, dans leur mission régalienne, mettent beaucoup de moyens (financiers, humains, techniques, infrastructurels) pour assurer une formation adéquate aux apprenants, de même pour les parents dans leur rôle parental. Mais à voir la question de près, il y a davantage un problème structurel qui noie tous les efforts fournis pour réduire le chômage des jeunes au Cameroun. La création de plusieurs unités dont certaines ont parfois des missions identiques en arrive à provoquer des luttes de leadership. Les personnes en charge desdites structures concentrent plus leurs efforts le plus souvent à satisfaire leurs parrains politiques que sur les résultats attendus. La preuve, rendu à sa troisième année, beaucoup cherchent encore les retombées des 103 milliards mis en place pour le plan d’urgence triennal jeunes lancé en 2017 par le chef de l’Etat.

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