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Grande Interview : Capitaine Houessou Georgino, expert béninois en gestion des catastrophes mis à la disposition du Pulci.

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Il s’exprime au terme d’un séance de simulation du plan de contingence mis en place dans le cadre du projet d’urgence de lutte contre les inondations (PULCI) dans la vallée du Logone et du Lac de Maga.

«La réaction de ces communautés montre qu’elles ont développé une résilience qu’il faut encourager»

Vous êtes un expert de l’Agence nationale de la protection civile du Bénin et expert des Nations Unies en manière de réduction des risques de catastrophe, mis à la disposition du Pulci pour simuler le plan de contingence de gestion des inondations mis en place dans le cadre de ce projet financé au Cameroun par la Banque mondiale. C’est quoi un plan de contingence ?

Le plan de contingence, pour faire simple, est un dispositif qui fait le répertoire des aléas auxquels une communauté ou un pays est confronté. Après avoir élaboré ce répertoire, on développe des scénarios de survenance de ces aléas-là. Le plan de contingence indique alors comment il faut se comporter avant la survenance de cet évènement, ainsi que les mesures urgentes à prendre le moment venu.

Concrètement, en quoi a consisté votre travail dans le cadre du partenariat entre l’Agence nationale de la protection civile du Bénin et le Pulci ?

Eh bien, la délégation camerounaise a fait une mission au Bénin l’année dernière, pour voir comment la protection civile béninoise est organisée. C’est dans ce cadre que le coordonnateur du Pulci et le ministre béninois de l’Intérieur ont convenu de ce qu’un cadre de l’Agence nationale de la protection civile du Bénin soit dépêché au Pulci, pour aider d’abord dans la formation des comités locaux impliqués dans la mise en œuvre du plan de contingence de gestion des inondations, et ensuite faire une simulation de ce plan de contingence. C’est ce que nous avons fait le 10 avril 2019 à Maga.

Une simulation c’est quoi ?

Eh bien, il s’agit de mettre ensemble les acteurs et d’inventer un scénario qui se rapproche de la réalité, et qui prend en compte l’aléa dominant du plan de contingence. On demande ensuite aux différents acteurs de réagir par rapport à cet aléas-là. Dans une simulation, c’est la capacité réactionnelle des acteurs qu’on veut tester. Après les différentes formations et la simulation proprement dite, nous avons fait un débriefing au cours duquel on a pu relever ce qui a bien marché au cours de la simulation et ce qui ne l’a pas été, ce que nous aurions dû faire et ce qui reste à faire.

Au-delà de ce que vous venez de dire, quels étaient les autres objectifs visés à travers cette simulation ?

Comme je viens de le dire, l’objectif principal était de voir la réaction opérationnelle de chaque arrondissement, d’observer la coordination de la gestion d’un aléa donné avec le préfet du Mayo-Danay et le gouverneur de la région de l’Extrême Nord. Bref, il était question de voir les interactions entre les maires, les sous-préfets, le préfet, le gouverneur et les populations, face à une situation de catastrophe donnée. Concrètement, nous observions comment l’information circule entre les différents acteurs, comment ceux-ci réagissent quand ils reçoivent l’information, et comment les communautés à la base réagissent en situation d’urgence.

Quelles est votre appréciation générale de cette simulation ?

Je suis globalement satisfait de cette simulation. On ne pouvait pas en attendre plus, compte tenu du niveau d’implication des acteurs et le niveau d’appropriation du plan de contingence. Il reste maintenant à continuer de faire des exercices pour que les réflexes deviennent automatiques. L’on imagine que pour une première expérience, tout n’a pas été parfait.

Quelles sont les principales failles observées au cours de cet exercice de simulation et comment comptez-vous vous y prendre pour les corriger dans le plan de contingence qui sera actualisé ?

Il y a une composante que nous n’avions pas pris en compte, à savoir le comportement des populations au cours de cet exercice de simulation. Elles se sont livrées au pillage : les cases en paille construites pour les besoins de la simulation ont été détruites puis emportées par la suite. Cette attitude n’a pas permis de dérouler tous les thèmes de référence. Il fallait s’adapter rapidement pour pouvoir continuer l’exercice de simulation. C’est la principale faille qui a été constatée. Nous avons également constaté que le système d’alerte précoce doit être renforcé. Il faut alerter plus rapidement et prendre plus rapidement les mesures adéquates.

Est-ce que la réactivité des autorités vous a paru efficace, est-ce que le type de consignes données par ces dernières ont été les meilleures, ou alors il y a eu quelques balbutiements, selon-vous ?

 Les autorités ont bien réagi par rapport aux termes de référence qu’on leur a donnés. Mais, il reste à renforcer leurs capacités et à revoir l’arrêté qui met en place le comité de gestion de crise, dans la mesure où il vaut mieux prévenir la crise que de la gérer. Pour une nation, il y a plus intérêt à investir dans la prévention que dans la gestion d’une crise. Par exemple, si vous donnez 2 milliards à une famille qui a perdu un des siens dans une catastrophe, cette personne ne revendra jamais. En revanche, si on investit en amont pour éviter une catastrophe, on peut éviter beaucoup de désagréments aux populations. Il faut donc revoir l’arrêté dont nous avons parlé plus haut. Un draft a d’ores et déjà été proposé à cet effet. Le préfet verra comment il peut être réajusté et être rapidement signé.

Vous semblez être satisfait par la manière dont les autorités ont réagi au cours de l’exercice de simulation. Quelle appréciation faites-vous de la réaction des populations, au-delà des écarts de comportement dont vous venez de parler ?

Nous avons mis en place des comités locaux au sein des quatre arrondissements du Mayo-Danay, retenus comme zones d’intervention du Pulci. Les membres de ces comités ont reçu une formation. On leur a, par exemple, appris à monter une tente. Et pendant l’exercice, nous avons pu constater qu’en 10 ou 15 minutes, ils étaient capables de monter une tente pour pouvoir accueillir d’éventuelles victimes d’une inondation. Il suffira de leur donner des tentes et un site sur lequel il faut les monter. Nous avons également été frappés par leur réaction au moment de la simulation de l’incendie. Pour empêcher la propagation du feu d’une case en feu vers une autre, les populations démolissaient carrément la case en feu, empêchant ainsi le feu de se propager. Cette réaction est d’autant plus à saluer que les sapeurs-pompiers se trouvent à Maroua. En les appelant pour intervention à la suite d’un incendie survenu dans l’un des quatre arrondissements du Mayo-Danay concernés par les activités du Pulci, il faut attendre au moins deux heures pour les voir arriver, parce qu’il faut rouler doucement avec une citerne chargée d’eau. Pire encore, si l’on est en situation d’inondation, la route sera impraticable. Donc, la réaction de ces communautés montre qu’elles ont développé une résilience qu’il faut encourager.

Interview réalisée par Antony DAKA, envoyé spécial à Maga

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