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Pôle agro-industriel : La renaissance de Wassandé

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Cette zone rurale bombardée brusquement zone de production industrielle de blé dans les années 70, est retombée dans l’abandon après l’échec du projet dans les années 80.

Les populations de la localité de Wassandé ont sûrement accueilli avec joie l’annonce de la création prochaine d’une part d’une école d’agriculture, et d’autre part de la mise en place d’un pôle agro-industriel spécialisé dans la production, le conditionnement et le traitement du soja et ses dérivés. L’annoncé a été faite par le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbaïrobe à l’occasion du lancement de la campagne agricole 2019 pour les régions septentrionales. Ces deux structures viendront à coup sûr redonner vie à une localité qui en a connu il y a plus de trente ans aujourd’hui. Une école et un pôle agroindustriel, ce sont des étudiants, des employés qu’il va falloir loger, nourrir, bref, ce sont des activités économiques et humaines qui sont de développer. Les vestiges de son passé glorieux bien qu’éphémère sont encore visibles pour ceux ayant échappé à la rouille, au vol ou au démantèlement.

En effet, Wassandé au début des années 70 va être le centre d’expérimentation de la culture du blé au Cameroun, avec un investissement de plus de 10 milliards au début, avec l’appui technique des français de Somdiaa. Devant l’accroissement de la consommation du blé à travers le pain et ses dérivés, le Cameroun décide alors de lancer une grande culture du blé. Le Troisième Plan quinquennal (1971-1976) prévoit déjà de satisfaire 10 à 20 % des besoins nationaux avant 1976. A cet effet, la Société de Développement de la culture et de la transformation du Blé (Sodeblé) est créée en 1975, date du passage des essais à la production. L’ambition du Cameroun est alors de devenir le « grenier à blé » de l’Afrique centrale.

La visite du secteur de Wassandé en 1979 offre un paysage inhabituel dans l’Adamaoua. Des horizons dénudés de toute végétation, s’étendent à perte de vue, comme une plaine céréalière du Bassin parisien. Les arbustes d’autrefois se restreignent aux versants de vallées. Rectilignes, de nouvelles pistes tracées en dos d’interfluves s’élargissent par endroits pour l’atterrissage des avions agricoles. Des camions, d’énormes tracteurs circulent à vive allure, soulevant à l’horizon des nuages de poussière en saison sèche. Des hangars métalliques isolés, brillant au soleil, matérialisent les nouveaux points forts de ces étendues anonymes. Vers la base de Wassandé, les hautes tours métalliques des silos complètent ce paysage céréalier moderne transplanté sous les tropiques. Aux villas blanches des cadres s’oppose le campement des manœuvres ressemblant déjà à un bidonville.

Malgré les difficultés de recrutement et la mécanisation de toutes les opérations, une main d’œuvre salariée commence à se concentrer à Wassandé : 400 personnes en 1976, 800 deux ans plus tard. Elle comprend les agents techniques des travaux agricoles (conducteurs d’engins, « motor-boys », mécaniciens) et la masse flottante des manœuvres et des gardiens. Aucun recrutement ne s’effectue parmi la population en place si ce n’est quelques bergers devenus gardiens d’entrepôts.

Seulement, le projet prometteur va tourner court vers le milieu des années 80, car la Sodéblé limitée désormais à 8 000 ha ne peut produire que quelques milliers de tonnes de blé local mélangé au blé importé. Surtout que pour le Cameroun, devenu entre-temps exportateur de pétrole brut, le déficit chronique de ses échanges extérieurs se trouve pratiquement résorbé. L’importation de froment et de farine, comptant pour 10 % du déficit des échanges en 1979, représentait alors une charge non négligeable. Désormais, le pays peut aisément supporter l’importation de ce produit alimentaire. Ce choix, malheureusement, continue à avoir un coût sur notre balance commerciale jusqu’aujourd’hui.

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